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25 mai 2013

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Les enquêtes sur la rémunération : trompeuses à l’occasion

Par Richard Saucier

Introduction
Les enquêtes salariales sont indispensables à une gestion efficace des salaires. Elles permettent de s’assurer que l’entreprise paie suffisamment pour attirer et conserver des employés qualifiés sans pour autant surpayer par rapport aux autres entreprises. Une enquête sur la rémunération est toutefois plus complexe qu’il n’y paraît. Afin d’illustrer notre propos, nous nous sommes permis d’analyser une enquête effectuée au cours des dernières années et qui a eu une diffusion relativement étendue, celle de l’Institut canadien des comptables agréés.

L’enquête de l’Institut canadien des comptables agréés
Au cours de l’été 2005, l’Institut canadien des comptables agréés et les ordres provinciaux ont effectué une enquête sur la rémunération des membres de leur ordre. En réponse, 17 624 personnes portant le titre de comptable agréé au Canada ont contribué à cette enquête.

La conclusion principale qui a été mise en évidence et communiquée largement à la suite de cette enquête était que la rémunération moyenne (d’un comptable agréé au Canada) avait augmenté de 29 % par rapport à 2002 alors qu’elle était passée à 164 396 $ annuellement en 2005. Ceci représentait une augmentation de près de 10 % annuellement depuis l’enquête précédente, bien plus que les autres professions au cours de la même période.

Un résultat trompeur
Est-ce que réellement la profession de comptable est rémunérée beaucoup plus que toutes les autres professions hormis les médecins, les dentistes et quelques autres, peut-être? Pensez-y, on parle ici d’une enquête qui indique que le salaire moyen des comptables agréés est deux fois celui des ingénieurs (81 300 $).

En réalité, toutefois, ce montant ne veut rien dire et sert bien plus à promouvoir la profession qu’à faciliter la détermination d’une rémunération adéquate. D’ailleurs, on peut facilement imaginer la réaction des membres de l’ordre quand ils ont vu ces résultats! Plusieurs se sont sans doute étouffés avec leur café, car une majorité des membres de l’ordre gagnent moins et même beaucoup moins que ce chiffre. La démonstration suit…

Médiane versus moyenne
Regardons tout de suite une deuxième donnée : la médiane. Celle-ci est de 110 000 $. Rappelons que la médiane est ce point au-dessus et au-dessous duquel on retrouve la moitié des observations. Dans le cas actuel, 8812 comptables agréés gagnent moins de 110 000 $ et 8812 gagnent plus.

La moyenne est de 50 % plus élevée que la médiane. Mathématiquement, ceci n’est possible que si des personnes gagnent beaucoup plus que la moyenne. En fait, pour 17 624 observations, cet écart doit être très grand dans certains cas. Par exemple, on retrouve sans doute dans ce groupe des présidents de grandes sociétés qui ont une rémunération supérieure à un million de dollars. Ceci a tout un impact sur la moyenne. À titre d’exemple, si dans un échantillon de cinquante personnes, il y en a 49 qui gagnent 50 000 $ et une qui gagne 1 500 000 $, la moyenne est de 79 000 $ et la médiane de 50 000 $. Lequel de ces deux chiffres représente le mieux le marché?

Compte tenu du troisième quartile de l’enquête de l’ICCA (173 575 $), on peut estimer qu’environ 70 % des personnes qui ont transmis leur rémunération gagnent moins que la moyenne. Plus de 12 000 comptables agréés gagnent moins que la moyenne de 164 396 $ (sur les 17 624 ayant contribué à l’enquête).

Différences régionales
Oublions donc la moyenne qui n’est pas un bon reflet de la rémunération parce qu’elle est influencée par des cas non représentatifs. Est-ce que la médiane de 110 000 $ a une signification quelconque? Une analyse plus poussée nous indique que la médiane est de 117 600 $ en Alberta, de 119 000 $ en Ontario et 90 000 $ au Québec (où l’on retrouve 4129 répondants).

De plus, de quoi se compose le montant de 90 000 $? L’analyse indique qu’il comprend le salaire de base et la rémunération variable (bonis, partage des bénéfices, etc.). La portion salaire est de l’ordre de 82 800 $ et la rémunération variable comble la majeure partie de la différence. Ce salaire médian est également peu significatif en soi. Voyons le profil des répondants. Une analyse de ce profil suggère que le comptable agréé médian a environ quarante ans, qu’il a entre quinze et dix-neuf ans d’expérience, qu’il porte le titre de directeur et qu’il a trois subordonnés. Un salaire de 82 800 $ pour une personne ayant ce profil paraît raisonnable et n’est pas très différent de celui des cadres des autres professions au Québec. Il est aussi très près du salaire des ingénieurs au Québec (81 300 $). On est loin des 164 396 $ du début.

Les nouveaux comptables agréés
Prenons aussi le cas des nouveaux c.a. Ceci est important en ce que les plus jeunes c.a. comparent leur rémunération à celle des débutants et jugent mériter plus en raison de leur expérience. La rémunération moyenne d’un nouveau c.a. au Canada est de 65 382 $. Une analyse similaire à la précédente nous indique qu’au Québec, le salaire médian est probablement de moins de 50 000 $ (car la rémunération globale médiane est de 51 000 $ et qu’il faut soustraire de ce montant la rémunération variable qui n’est pas identifiée dans le rapport d’enquête).

N’oublions pas que ce salaire est celui d’un comptable agréé nouvellement nommé. Cette personne a reçu son baccalauréat trois ans plus tôt en raison d’études supérieures en comptabilité et d’un stage. Ce salaire se compare à celui des ingénieurs, des informaticiens et de plusieurs autres professions, pas plus. Là aussi, on est loin de l’impression que donnaient les 65 382 $ du début.

Conclusion
Le but de cette démonstration n’est pas de diminuer la valeur de la profession de comptable agréé, loin de là. En fait, il s’agit d’une des professions les plus respectées au Canada et les professionnels qui détiennent ce titre sont reconnus comme la référence en matière comptable et financière.

Le but est de démontrer qu’il est dangereux de tirer des conclusions hâtives suite à la consultation superficielle d’une enquête. Combien de c.a. se sont posés des questions sur l’à-propos de leur rémunération? Combien ont questionné leur patron ou le service des ressources humaines? Combien de patrons n’ont pas su quoi répondre? Combien d’entreprises ont rajusté les salaires sur la foi d’une analyse superficielle de cette enquête?

En fait, une analyse appropriée de toute enquête devrait être appuyée par la revue d’autres sources de renseignements. Il existe de nombreuses sources de renseignements au Canada. Certaines sont spécialisées (une industrie donnée par exemple). D’autres sont générales (les enquêtes des grandes firmes de conseillers en rémunération et notre propre banque de données de rémunération, par exemple). Toutes ont leurs forces et leurs faiblesses. Une analyse du marché requiert une bonne dose de connaissances et de jugement dans le choix et l’utilisation de celles-ci de même que dans leur application à des cas précis dans l’organisation.


Source : Les prévisions salariales 2007, les tendances de la rémunération, Ordre des conseillers en ressources humaines agréés 2006

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