Lundi 10 décembre 2018
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Le sens au travail

Par Linda Ploude, CRHA

En visite chez un partenaire, je surprends la conversation de deux collègues devant la machine à café. Ils parlent de la pression qui pèsent sur eux, du manque de reconnaissance de leurs efforts. Après un moment, ils se sentent coupables de perdre leur temps et ils se laissent en se demandant : « Pourquoi on se tape tout ça? »

Grande question existentielle qui trotte dans la tête de chacun d’entre nous à un moment ou à un autre. Que l’on soit leader, gestionnaire ou employé, on n’échappe pas à ce questionnement qui est amené tantôt par une telle surcharge que notre équilibre mental est mis en péril tantôt par la maladie, tantôt par l’impossibilité de continuer à jouer avec deux personnalités, l’une au travail et l’autre à la maison, tantôt par un éveil de conscience qui dit tout simplement : « c’est assez ».

« Pourquoi on se tape tout ça? », c’est une question qui fait référence au sens qu’on donne au travail. Estelle Morin, professeure et chercheure à HEC Montréal, propose trois façons de définir le sens du travail :

  1. la signification qu’on donne au travail et la valeur qu’on lui attribue;
  2. l’orientation, l’inclination vers le travail et ce qu’on recherche dans son travail; cela conduit à déterminer les valeurs associées au travail;
  3. l’effet de cohérence entre soi et le travail qu’on accomplit, le degré d’harmonie et d’équilibre qu’on atteint dans sa relation avec le travail.

Cette notion a pris de l’ampleur proportionnellement à la folie vécue dans les entreprises : productivité, vitesse, rentabilité, augmentation de la valeur de l’action, etc. Cette folie arrive avec son lot d’effet pervers, un taux de roulement élevés entre autres, un désengagement des personnes et surtout des problèmes de santé mentale. C’est ainsi que chaque semaine, cinq cent mille Canadiens restent à la maison parce qu’ils sont à bout.

C’est donc dire qu’il nous faut rapidement réfléchir à reprendre du pouvoir sur notre environnement pour retrouver notre gros bon sens.

S’il n’existe pas de recettes miracles pour retrouver du sens au travail, divers auteurs nous proposent des pistes. C’est Thierry Pauchant qui dit qu’il nous ralentir pour aller plus vite! Et il a bien raison. Au cours des dernières décennies, notre rapport au temps s’est grandement modifié, laissant peu de place à l’introspection et la réflexion, ce qui est fondamental pour trouver du sens à son travail, voire à son existence.

Pour sa part, Estelle Morin répartit en six grands groupes les facteurs de sens au travail : l’utilité du travail, l’éthique du travail, le plaisir au travail, l’efficacité personnelle, les conditions de réussite et la sécurité personnelle.

Pour ma part, je crois que de cultiver dans les organisations une culture basée sur l’authenticité des personnes est déjà un grand pas vers le sens au travail. Être authentique dans les entreprises, comme dans la vie en général, exige beaucoup de courage, de tolérance, d’abandon. Malheureusement, ces qualités ne sont pas encore recherchés dans les profils de compétences!

Le mythe du héros
Cette authenticité et les qualités que cela exige semblent encore plus difficiles à acquérir lorsqu’on joue un rôle de gestion. Encore pris dans le modèle traditionnel de perfection, ce sont les gestionnaires et les leaders qui souffrent probablement le plus du manque d’authenticité et de sens au travail. Et c’est pourtant vers eux qu’on a tendance à se tourner pour en trouver...

C’est pourquoi je crois qu’il est vital que les leaders et gestionnaires ralentissent pour réfléchir à ce qu’ils sont, à ce qu’ils sont devenus et à ce qu’ils veulent accomplir. Posez-vous les questions qui font référence à une meilleure connaissance de soi. Car je pense que la première responsabilité d’un leader est de développer sa conscience et de se connaître pour toujours être en cohérence avec sa passion, sa vocation, ses valeurs personnelles.

Telle la parabole des talents, il est de votre responsabilité de trouver votre propre talent et de le faire fructifier. Connaissez-vous assez pour être conscient également de vos doutes, de vos insécurités et de vos peurs. Soyez suffisamment conscient pour voir les événements et saisir les opportunités qui vous guideront vers votre voie. Car c’est probablement lorsqu’on est authentique qu’on rayonne le plus dans son entourage et qu’on l’influence.

Le ralentissement et la réflexion combinés à une bonne dose d’intuition, de courage, d’abandon vous permettront, je l’espère, d’entendre votre petite voix qui vous mènera à tracer votre voie et à créer ainsi le sens de votre vie.

Linda Ploude, CRHA, est présidente, Groupe Adecco Québec

 

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