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Mardi 28 mars 2017
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La reprise collective : une option méconnue

Par Yves Boulet, CRHA, MBA, directeur, Projets stratégiques, Conseil québécois de la coopération et de la mutualité

L’entrepreneur âgé qui désire se retirer dispose de peu d’options. Il peut :

  1. vendre à ses enfants : c’est souvent le cas lorsque ceux-ci sont intéressés à prendre la relève;
  2. vendre à un concurrent ou à un autre repreneur; les acheteurs sérieux peuvent toutefois être peu nombreux, ou la vente peut entraîner la fermeture ou la délocalisation de l’entreprise, ce qui déplaît à plusieurs entrepreneurs.

Mais il existe une troisième option, méconnue : la vente à son personnel par l’entremise d’une coopérative, aussi appelée « reprise collective ». Cette troisième voie pourrait peut-être devenir la solution idéale pour toute entreprise pour qui la relève est un enjeu majeur.

Ce texte présente quelques avantages de la reprise collective et explore les enjeux qu’elle soulève pour les conseillers en ressources humaines. Mais revenons d’abord sur la relève d’entreprise, qui constitue un phénomène social dont l’ampleur est considérable au Québec.

La relève : un enjeu de société

Une étude du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation réalisée en 2008 a démontré qu’avec le vieillissement de sa population, le Québec fera face à une pénurie de plus de 25 000 entrepreneurs vers 2018-2020. Les plus récentes données confirment ces évaluations, même si le phénomène de pénurie se produira sur une période plus étendue dans le temps.

Ce phénomène touche les régions avec plus de sévérité, car les repreneurs y sont encore moins nombreux. Dans ce contexte, le gouvernement du Québec a inscrit, dans son Plan d’action gouvernemental en économie sociale (PAGES), l’objectif 5 visant à « soutenir l’entrepreneuriat collectif comme solution à la relève d’entreprises ». Les entrepreneurs ont avantage à considérer – mais peu le font – que leurs propres employés font partie des repreneurs potentiels les plus qualifiés.

Le gouvernement constate qu’un des principaux problèmes limitant le nombre de reprises collectives est la méconnaissance des mécanismes de mise en place d’une coopérative par les principaux professionnels impliqués dans des dossiers de relève. Ce manque de connaissance les amène à conseiller à leur client de rejeter cette solution, et ce, sans analyse plus poussée.

Au cours des prochains mois, le gouvernement mettra en place un programme pour améliorer la connaissance de la reprise collective auprès des membres de l’Ordre des CPA du Québec, du Barreau et de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés. Une formation (voir plus bas) et un programme de subvention permettront aux professionnels d’acquérir les compétences spécifiques à l’analyse et à la mise en place de la solution collective.

Les avantages de la reprise collective

Est-il intéressant pour l’entrepreneur de vendre l’entreprise à ses employés sous la forme d’une coopérative? C’est probable. Non seulement peut-il obtenir la juste valeur marchande de son entreprise, mais il peut aussi bénéficier de :

  • la continuité : l’entrepreneur assure ainsi le maintien des activités dans sa localité, l’entreprise poursuit sa mission, les emplois sont préservés : ce qu’il a bâti au cours de sa vie continue de profiter à sa collectivité;
  • l’estime de son personnel : comme il lui fait confiance, la mobilisation du personnel sera d’autant plus élevée.

Les ressources humaines

Une coopérative est une entreprise qui a un but économique, comme tout les « inc. » de ce monde. Elle a aussi une dimension collective et sociale où l’apport d’un conseiller en ressources humaines agréé peut se révéler fort utile lors du transfert de propriété.

Dès la mise en place d’une coopérative, il est important d’évaluer le climat de travail et la qualité des relations patronales et syndicales. Comme tous auront dorénavant à travailler ensemble, mieux vaut construire la coopérative sur un sol ferme! Dans le cas contraire, la coopérative n’est peut-être pas la bonne solution.

Il y a aussi lieu d’évaluer les capacités de gestion des principaux leaders qui dirigeront la coopérative à ses débuts. Au nombre des qualités évaluées, notons leur capacité à mobiliser et à communiquer de façon ouverte et transparente.

Il arrive aussi fréquemment, comme dans toute reprise habituelle d’entreprise, que le professionnel RH soit associé à la vérification diligente pour s’assurer que les compétences stratégiques de l’entreprise seront préservées.

La reprise collective d’une entreprise n’est pas une panacée. Elle constitue cependant une option intéressante que tout professionnel qui travaille en relève entrepreneuriale doit connaître.


À propos de l’auteur

Yves Boulet, CRHA, MBA, est directeur, Projets stratégiques au Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (www.cqcm.coop).


Cet article est paru dans la rubrique Coin de l'expert le 25 octobre 2016.

 

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